Les chants de l’été

De Robert Silverberg, 1956-1981

Anthologie inédite en anglais, commissionnée par l’inénarrable Jacques Sadoul à l’époque où il régnait en maître sur l’édition SF dans la langue de Molière, Les chants de l’été est une sorte de best of des nouvelles du prolifique Robert Silverberg. Impossible, bien sûr, d’avoir un panel complet du Silverberg nouvelliste, le new-yorkais en ayant écrit plus de 200 dans sa longue carrière. Le principe de ce best of est de présenter des nouvelles rédigées entre 1956 (Silverberg a alors 21 ans) et 1981 (soit 25 ans plus tard), en ordre chronologique, pour y voir, peut-être, une évolution du style.

Pour être honnête, si évolution du style il y a, elle m’a au moins partiellement échappée. C’est peut-être dû à la traduction française de la très discrète Iawa Tate, qui a sans doute uniformisé la progression du style en imprimant sa propre patte aux textes traduits. Mais qu’à cela ne tienne, on lit de toute manière rarement de la SF pour un style particulièrement soutenu. Sur le fond, la progression n’est pas flagrante non plus : Silverberg fait preuve d’une imagination débridée dès le départ. Bien sûr, il y a quelques thèmes connus et balisés dans ces nouvelles, mais vu l’âge des textes, c’est un effet inévitable.

Je regrettais récemment, avec le pourtant très bon recueil La ménagerie de papier de Ken Liu, que les nouvellistes SF actuels pêchent souvent par un certain manque d’audace. Je me rends bien compte que, les années passants, il devient de plus en plus difficile d’imaginer des situations, des progressions ou des chutes inédites. Mais entre ce constat et un certain conformisme, il y a de la marge. Nul question de conformisme, dans cette anthologie. Silverberg fait preuve d’une imagination à toute épreuve dans chacun des 13 courts textes qui constituent ce recueil.

Il serait un peu fastidieux de tenter de tous les résumer. Disons simplement qu’ils vont du drame à la comédie en passant par des textes plus contemplatifs. La nouvelle ouvrant l’anthologie, qui donne son nom au recueil, est un récit de voyage dans le temps classique dans ses prémisses. Un new-yorkais des années 50 se retrouve projeté sur une Terre post-apocalyptique où les rares humains survivants ont opté pour un mode de vie contemplatif basé sur une utilisation modérée des bienfaits de la nature et sur des liens sociaux plus diffus qui favorisent un climat de paix et d’équité entre les individus. C’est évidemment sans compter sur leur visiteur, parfait exemple du capitalisme rugissant des années 50, qui voit dans les doux rêveurs du futur une bande de hippies mous qu’il convient d’exploiter.

Et ça n’est que la première histoire. J’ai particulièrement apprécié également Le Dernier poète, qui nous narre le choix malheureux du dernier poète de l’humanité, misanthrope, de s’expatrier à l’autre bout de la galaxie. Mais aussi La Digue, réflexion étrange sur le dernier choix libre de l’humanité dans un monde robotisé qui se protège d’une nouvelle menace venue des océans. L’Épouse 91 m’a bien fait marrer aussi, comme courte satire des rapports hommes-femmes avec quelques échos de sexualité débridée.

Nous savons qui nous sommes présente également une vision d’une Terre post-apocalyptique, où les survivants craignent les vestiges du passé et où il faudra l’arrivée d’une impromptue voyageuse pour rallumer la curiosité des survivants. Sauve qui peut!, enfin, est une belle réflexion sur la manipulation d’intelligences artificielles par l’homme (ou de l’homme par des intelligences artificielles ?) : un dictateur choisi de s’enfuir vers une étoile lointaine à la veille de son renversement. Il prend pour tout compagnons des cubes mémoriels (des sortes de copies enregistrées, douées de réflexion et de la capacité d’apprentissage) de sa famille proche et de quelques philosophes et écrivains du passé. Et le dictateur tente de se persuader qu’il a fait le bon choix…

Difficile d’en dire plus sans ruiner le plaisir de lecture. Retenons juste qu’il y a au moins trois ou quatre bonnes idées par nouvelles (ce qui, vu leur longueur, est un ratio très élevé !) et que Silverberg parvient, comme les très bon nouvellistes, a intéresser le lecteur au devenir de ses personnages qui ne sont pourtant parfois qu’esquissés en quelques traits. Un tout bon recueil, qui mérite une (re-)découverte, pour autant que vous ne soyez pas allergiques aux histoires qui tiennent en maximum 30 pages. Vu que l’anthologie n’est plus éditée depuis le début des années 90 et que la tendance de l’édition SF est plutôt de pondre des intégrales, il ne vous reste sans doute plus qu’à écumer les bouquinistes (physiques ou virtuels) pour mettre la main sur le volume. Bonne chasse !

Tales from the Mos Eisley Cantina

Édité par Kevin J. Anderson, 1995

Ah ! Comment donner un avis argumenté sur une collections de nouvelles de l’EU (Extended Universe, pas European Union, bande de petits malins) de Star Wars quand on est, comme moi, biberonné depuis sa plus tendre enfance à coup de sabres lasers et de contrebandiers scruffy looking… Impossible, me direz-vous. Il me faut pourtant essayer.

Tales from the Mos Eisley Cantina est la première d’une série de trois anthologie de nouvelles éditées par Kevin J. Anderson au milieu des années 90. Le principe est simple : 16 auteurs de SF se sont prêtés au jeu et ont chacun à leur tour donner du corps aux extra-terrestres que l’on aperçoit parfois seulement au détour d’un plan dans la très fameuse scène de la Cantina du premier Star Wars (A New Hope). Cela donne 16 nouvelles, plus ou moins bien écrites, sur 16 personnages secondaires, plus ou moins connus (de Figrin D’an et Greedo à… Het Nkik -ok, c’est jawa- ? BoShek ??)

Vous aurez compris à ma présentation un peu cynique que la qualité de cette anthologie est toute relative. Les « grands noms » ne se sont d’ailleurs pas bousculés pour y participer. Mis-à-part Timothy Zahn (ici peu inspiré par les Tonika Sisters), Jennifer Roberson, Barbara Hambly et Kevin J. Anderson lui-même, les autres nouvellistes sont des inconnus au bataillon.

Tout n’est pas à jeter pour autant dans ce recueil : il est amusant, sur le principe de Rashômon, de découvrir les trajectoires des uns et des autres selon leur propre point de vue avant, pendant et après la fameuse scène de la Cantine, où Han tira en premier et Obi-Wan sectionna un membre (passage obligatoire de tout Star Wars qui se respecte). De tête, seule la nouvelle sur Ponda Baba et le Docteur Evazan ne se passe pas pendant les évènements de l’épisode 4 (l’une des meilleurs nouvelles du bouquin, d’ailleurs). Amusant aussi de découvrir des cultures extra-terrestres toutes plus extravagantes les unes que les autres.

L’anthologie, inédite en français, a, de par sa piètre qualité moyenne, peu de chance d’être un jour traduite et éditée de par chez nous. Si la curiosité vous pousse à vous faire une opinion vous-mêmes, je vous suggère d’écumer les bouquinistes ou de vous résoudre à la chercher sur le net comme les vilains petits pirates que vous êtes. Ou vous me croyez sur parole et vous passez votre chemin en laissant de côté cet objet peu probable. L’ayant lu, je comprend désormais mieux pourquoi n’importe quelle ombre aperçue à l’écran dans la trilogie originale a à peu près 14 pages A4 de biographie fictive sur le net. L’Univers Étendu l’explique. Le justifie-t-il ? Pour les fanatiques sans doute. Pour les curieux nettement moins.

Wonder Woman

De Patty Jenkins, 2017.

J’ai toujours été du côté DC de la force. Marvel, c’est gentil, mais à part les X-men (Deadpool compris), c’est quand même pour les gamins. Le fait que je vienne de m’aliéner une grande partie de mon lectorat potentiel n’y changera rien. Batman a lui tout seul le justifie. Bon… Je sais aussi que c’est un peu comme le débat PC ou Mac dans les années 90 (de nos jours, le débat à moins de sens : Mac a gagné le marché parce que c’est hipster) : on n’arrivera jamais à convaincre l’autre partie.

Mais bon, depuis la trilogie de Nolan, on sait que le côté dark de DC permet de viser autre chose que le merchandising de fanboy (Captain America: Civil War est l’exemple type du film qui aurait pu être sympa et qui se contente de ronronner tranquillement). Évidemment, n’est pas Nolan (ou même Burton?) qui veut. Et c’est Snyder qui a pris le relais en premier. DC tente depuis quelques années de créer une franchise/monde à son tour avec The Man of Steel (du Zack Synder avec tous les excès qu’on lui connait), Batman Vs Superman (la même chose, en confus, avec un Lex Luther over-the-top) et Suicide Squad (que je ne me suis toujours pas infligé), en attendant le tout prochain Justice League. Wonder Woman s’inscrit dans cet ensemble comme le premier stand-alone des « personnages secondaires » de l’univers DC, en attendant les longs sur Aquaman et sur le Flash, entre autres.

C’est donc avec une curiosité sans attente particulière que je me suis maté Wonder Woman. Peu familier avec le personnage (qui ne m’a jamais réellement attiré), j’imaginais une « origin story » comme elles sont produites à la chaînes par les grands studios depuis plus de dix ans maintenant, capitalisant sur l’une des dernières valeurs sûres d’Hollywood, les films de super-héros. Et je n’ai pas été surpris : c’est exactement ça. Résumé en quelques mots : Diana (Wonder Woman) est la fille de Zeus, élevée sur une île de guerrières amazones immortelles dans l’attente de pouvoir un jour défaire le maléfique Arès. Vivant sur une île protégée par des brumes éternelles, les gentilles amazones sont envahies par des méchants allemands qui sont alors occupés à mener, comme de bien-entendu, une guerre mondiale provoquée par Arès (la première, en l’occurrence).

Avec les allemands (presque nazis, dommage, on rate la catégorie de méchants universellement reconnus à 30 ans près) débarque aussi un bel espion américain, joué par le toujours efficace Chris Pine. Il n’en faut pas plus à la belle Diana, jouée par la non moins belle Gal Gadot, pour suivre son bellâtre et se transformer, face à l’horreur de la guerre, en Wonder Woman. Sortez les violons. Original comme un trèfle à la Saint-Patrick, le film multiplie les tentatives de décalage et d’humour gentillet. Même les blagues de fesse (des Amazones qui n’ont jamais vu un homme… logique) sont innocentes. Pour se sortir de sa trame convenue, le film tente quelques passages plus noirs, avec la mort de la mentor de Diana, les quelques scènes dans les tranchées ou encore le personne du tireur d’élite repentant joué par le toujours excellent Ewen Bremner. Mais, même ces tentatives sonnent faux. L’horreur des tranchées sur le front belge, sensé provoqué l’éveil de Diana à un destin plus large que la simple vengeance contre Arès, se transforme rapidement en une scène extrêmement classique de démonstrations de super-pouvoirs où tous les personnages secondaires plus ou moins importants s’en sortent eux-aussi comme par miracle. Le tout sans évidemment verser une goute de sang à l’écran. Snyder avait au moins le bon goût d’être plus cru, même si par trop excessif, dans son Batman vs Superman.

De même, avoir fait d’Arès un personnage de diplomate joué par le toujours excellent David Thewlis était une brillante idée. Bien que largement prévisible, le rebondissement aurait pu être exploité pour faire comprendre à Wonder Woman que la force n’est pas forcément une solution, qu’il est nécessaire de développer d’autres armes, comme le Mal l’a fait, pour être efficace à une échelle plus large que l’échelle individuelle. Mais… non. Le vieillissant David Thewlis/Arès, qui se déplace avec un canne de marche une bonne partie du film (il est toujours bon pour jouer les personnage un peu « faiblard« , à l’instar du professeur Lupin de la saga Harry Potter), se transforme en gros-bill habituel pour les dix dernières minutes de bataille finale -au prix, d’ailleurs, d’incrustations vidéos un peu gênantes par leur irréalisme et leur incongruité. La morale est sauve : suffit de taper plus fort.

Bref, chers amis amateurs de pop-corn, Wonder Woman est un spectacle passable. Patty Jenkins, qui n’avait plus tourné de long depuis Monster en 2003, fait un boulot impersonnel qui aurait pu être fait par des centaines d’autres noms gravitants autours de la côte ouest américaine. Elle a cependant réussi un pari inattendu : elle a fait basculé DC dans l’uniformité sans vague des productions Marvel. Si les opus de Snyder étaient bourrés de défaut, ils avaient au moins pour mérite d’essayer quelque chose, de proposer une certaine vision. Wonder Woman ne propose rien. Il exécute ce qui est attendu de lui, sans plus. Et, de manière totalement incompréhensible à mes yeux, il est dès lors devenu l’un des plus gros succès DC et l’un des films de super-héros les plus appréciés outre-atlantique. Vive le mainstream.

La panse

De Léo Henry, 2017.

Court roman sorti directement en poche chez Folio SF, La panse est une plongée assez sombre dans les entrailles du quartier de la Défense, à Paris. Pas de thriller politico-financier au rendez-vous, pas de Jérôme Kerviel ou autre clone du Wolf of Wall Street comme personne principal : Bastien est un chômeur qui vivote de droite à gauche quand il se met, presque sur un coup de tête, à rechercher sa sœur jumelle, Diane, qui n’a plus donné de nouvelles à sa famille depuis des mois. A force de chercher, Bastien tombe sur un société étrange aux multiples noms et activités douteuses. Société qui semble avoir des ramifications jusqu’aux tréfonds physiques du quartier de la finance parisienne et qui cache, bien sûr, des secrets inavouables.

Finalement très classique dans sa trame, La panse est une bonne surprise. Acheté par hasard (les couvertures d’Aurélien Police sont toujours efficaces pour attirer l’œil), rapidement lu, le roman mélange savamment le côté intrigue policière crade à la Jean-Christophe Grangé et le fantasme souvent utilisé de la « société secrète » tentaculaire et manipulatrice (au hasard, The Game, Eyes wide shut, le Spectre de James Bond). Les parallèles cinématographiques ne manquent pas, tant le développement de l’intrigue correspond au schéma traditionnel de la descente (littérale, dans ce cas-ci) aux enfers du personne principal, petit à petit contaminé par ce qu’il entends combattre, jusqu’au point où les frontières floues de la raison et l’ivresse du pouvoir amènent le protagoniste sur le fil du rasoir.

Ajouter à ceci un brio certain pour décrire l’environnement froid, tout en métal, en béton et en verre, de la Défense (qui, comme tous les quartiers de bureaux, est infréquentable en-dehors des heures d’ouverture) et une certaine propension à utiliser la novlangue de l’entreprise pour colorer le tout d’un verni de crédibilité bienvenu, et vous avez un bon livre. L’enracinement dans le présent est l’une des forces du roman, puisqu’il augmente l’identification, mais aussi, peut-être, sans doute, une faiblesse. Je ne peux m’empêcher de me demander si ce genre de bouquin survit à l’épreuve du temps. Si l’encrage dans le quotidien, pour de la SF (light, il est vrai), n’est pas une condamnation à plus ou moins court terme.

Autre élément amusant : sans connaître rien de l’auteur, j’ai « reconnu » à plusieurs endroits des similitudes troublantes avec la « corporate SF » de L.L. Kloetzer (sans tout de fois le côté pédant qui m’avait un peu agacé dans CLEER). Et, visiblement, le parallèle est assez logique puisque les deux auteurs se connaissent et ont plusieurs fois travaillé ensemble. Au-delà de ces quelques commentaires anecdotique, La panse est une belle découverte. Un bon récit, classique, plein de rebondissements, dans une ambiance poisseuse et glauque décrite avec une certaine maestria. Un bon moment de lecture qui pique ma curiosité quand aux autres travaux de son jeune auteur. A découvrir de toute urgence, donc.

PS: et ne croyez absolument pas la quatrième de couverture de Folio SF. Si je veux bien croire qu’il s’agit là d’un hommage à une certaine littérature populaire, l’adjectif lovecraftien est totalement usurpé. La présence d’un élément fantastique au cœur de l’histoire (je n’en dirai pas plus pour ne pas spoiler), que l’on imagine trop horrible pour être décrit, ne suffit pas à établir une parenté solide. Ou alors X-Files dans son ensemble est un hommage à l’homme de Providence !

La ménagerie de papier

De Ken Liu, 2011-2014

Super-star de la SF depuis quelques années, le sino-américain Ken Liu semble être le Messie que beaucoup de fans de SF attendaient ces dernières années. L’opinion professionnelle semble le reconnaître (la nouvelle éponyme du recueil a gagné le Locus, le Hugo et le World Fantasy) et l’opinion publique aussi – en annexe de cet article, une longue liste, non-exhaustive, des blogs francophones ayant chroniqué le tome -. La question reste donc de savoir si le bonhomme répond aux attentes, forcément hautes.

Et bien en fait, oui et non. Le recueil, comme tout recueil de nouvelles, aligne du très bon, du bon et du plus anecdotique. Comprenons-nous bien : c’est de la bonne came. Achetez-le les yeux fermés ; il y aura au minimum deux trois textes qui vous plairont. Liu a l’intelligence de mélanger les genres, allant de la SF, au fantastique en passant le pastiche de roman policier chinois d’époque. Mais est-ce pour autant génial ? Et bien, bizarrement, je trouve que ce sont les nouvelles primées qui sont finalement les moins surprenantes. Commençons par La Ménagerie de papier. C’est un texte touchant sur le déracinement, sur les rapports familiaux difficiles ; on peut même y lire une tentative de biographie sublimée de l’auteur (j’extrapole ici, ne connaissant rien de la vie de Ken Liu), où le regret et la piété filiale prend la forme d’une allégorie fantastique, d’origamis vivants. Mais enlevez cet élément fantastique et vous avez finalement un récit convenu.

Je suis un grand consommateur de nouvelles de SF, format que j’apprécie encore davantage, je pense, que la novella. Cet écrin de 15 à 40 pages révèle pour moi la qualité de son auteur : si une ambiance, des personnages, une histoire peuvent être développés de manière convaincante en si peu de place, alors il y a toutes les chances pour que l’auteur ait saisi les fondamentaux du récit. Et ceux-ci, Ken Liu les possède certainement. Cependant mes attentes ne s’arrêtent pas là. L’avantage d’un format court est la liberté qu’à l’auteur d’imposer un twist final inattendu. C’est pour ça que j’apprécie particulièrement les vieux roublards comme Asimov ou Silverberg : leurs nouvelles se concluaient, pour la plupart, sur une développement inattendu, sur une morale à contre-courant.

Et c’est exactement sur cela que je bute avec La Ménagerie de papier : peu de ces nouvelles m’ont réellement surprises. Mono no aware, autre nouvelle primée et seconde dans la série de quatre nouvelles qui clôturent le roman à la manière d’un planet-opera, est également symptomatique. Si elle est très bien écrite, si elle joue sur un concept nippon qui ne peut que parler au geek qui sommeille en moi, elle n’est reste pas moins prévisible. Sortie bien des années après l’excellent Sunshine de Danny Boyle, la nouvelle en reprend quasiment étape par étape un des épisodes narratifs, en y ajoutant un pathos familial visiblement cher à l’auteur.

Cela n’en fait pas une mauvaise nouvelle, bien sûr, mais il y a un petit quelque chose qui manque. Une élément de surprise qui marquerait le lecteur pour que le texte devienne effectivement un classique. Cela m’amène d’ailleurs à me poser des questions sur l’évolution des prix littéraire dans le monde de la SF et de la fantasy/du fantastique. Littérature bis par excellence (et ce n’est pas un jugement de valeur, que du contraire), je suis amené à penser que le mainstream fini aussi par toucher une population de juges vieillissante qui tend à primer le politiquement correct plutôt que l’inventivité.

En relisant les derniers paragraphes, je me rends compte que cela peut sonner très négatif. Ce n’était pas le but. Liu est certainement un auteur à suivre : les Algorithmes de l’amour, l’Erreur d’un seul bit ou encore la Plaideuse sont pour moi de belles surprises. Et ces deux textes plus long publié dans la très belle collection Une heure lumière de Bélial, l’Homme qui mit fin à l’histoire et le Regard, sont d’indéniables réussites. J’espère simplement qu’à l’avenir il prendra davantage de risques, comme nouvelliste ou romancier, et saura s’affranchir de développements parfois un peu trop hollywoodiens.

NB: pour les lecteurs bilingues, sachez que le recueil français mis au point par Bélial en 2015 est un inédit. La récente anthologie anglaise The paper menagerie & other stories ne contient pas les mêmes nouvelles que celle chroniquée ci-dessus. Y sont repris tous les textes courts de l’auteur qui ont gagné ou ont été finalistes de l’Hugo, du Nebula, du Sturgeon ou du World Fantasy, en ce compris l’Homme qui mit fin à l’histoire. Et ce recueil vient de gagner le Locus 2017 de la meilleure anthologie.

Autres avis sur le recueil :
Just a Word | Lorkhan | Blog-o-livre | La sortie est au fond du web | La bibliothèque de Philémon | Yozone | Un papillon dans la lune | Book en stock | Quoi de neuf sur ma pile ? | etc.