Will Hunting

De Gus Van Sant, 1997.

C’est une histoire comme on en tourne moins souvent, aujourd’hui. Un film à oscar, assurément, mais réalisé par un artiste qui n’a jamais cherché les titres de gloire et produits par deux monstres d’Hollywood (littéralement), les frères Weinstein, qui produisaient n’importe quel bon script qui leur passait dans les mains, peu importe le genre ou le risque financier. L’histoire ne dit pas si Minnie Driver a souffert d’une manière ou d’une autre des mains (et autres organes) d’Harvey, mais ce qui est sûr, c’est que c’était assez couillu de parier sur un film de Van Sant, qui n’avait connu jusque là qu’un premier succès d’estime avec My Own Private Idaho, mais pas de gros succès hollywoodien. D’autant plus que le film s’est monté sur un premier scénario de deux blancs-becs qui débarquaient à Hollywood, à savoir Matt Damon et Ben Affleck (bon, il est vrai aidé par leur pote Kevin Smith comme producteur exécutif).

Les deux copains, qui continuent à se croiser de films en films, malgré leurs carrières solos et leurs trajets de vie assez différents, ont débarqué initialement chez les gros studios avec un scénario de thriller, modifié en film « social » de lutte contre l’injustice de classe suite à une suggestion de nul autre que Rob Reiner. Et Rob était inspiré, c’est sûr. Tout comme Gus Van Sant a eu raison de faire confiance à sa directrice de casting, Jennifer McNamara, qui a amené sur le film des acteurs secondaires de qualité comme Minnie Driver, Stellan Skarsgard et, bien sûr, Robin Williams.

Il y a quelque chose d’émouvant, plus de 25 ans plus tard, à revoir la réaction de Robin Williams lorsque ce film lui ouvre la reconnaissance de ses pairs à travers l’oscar du meilleur acteur dans son second rôle. Tout comme celle de Damon et Affleck qui se demandent ce qu’ils ont fait pour mériter ça dès leur première apparition dans la grand-messe du cinéma mondial. Mais tout ça est parfaitement mérité : le film fonctionne toujours, toutes ces années plus tard. Son propos reste toujours valable : comment, lorsqu’on est blessé par la vie, peut-on sortir d’une spirale de négativité ou d’une zone de confort pour oser vivre sa vie. Bien sûr, le film est aussi cousu de fil blanc et certains rebondissements sont forts convenus, mais l’ensemble marche exceptionnellement bien. Pourquoi ? Parce que Van Sant sait comment s’effacer devant la performance de ses acteurs. Il sait comment filmer le non-dit.

Et c’est exactement ce qu’il fait dans Will Hunting. Robin Williams, en particulier, démontre si besoin est qu’il n’est pas que le clown de ses plus grands succès au cinéma. Il est, comme Jim Carrey, un clown triste qui fait preuve d’une sensibilité extrême devant la caméra quand il incarne, réellement, un homme blessé, à la limite de la rupture. Et il vit le rôle de ce psy qui est la seule personne à trouver la clé pour parler à Will, ce gamin qui confond l’intelligence et le brio, qui confond l’humour et le cynisme. Matt Damon est lui aussi excellent dans ce rôle de jeune premier avec une gigantesque faiblesse. Tout comme Ben Affleck joue parfaitement le working class buddy qui sera pour toujours loyal à son pote.

Bref, on peut le dire de cent manières, mais Will Hunting est un film précieux. Comme Le Cercle des poètes disparus, lui aussi avec Robin Williams un peu moins de dix ans avant, Will Hunting est un film sensible, simple dans les dilemmes qu’il présente, mais intelligent de bout en bout. Bien que l’on ne soit pas surpris, on ne peut s’empêcher de vivre le récit, d’accompagner Will dans son difficile passage à l’âge adulte, dans la perte progressive de ses oripeaux de chat sauvage que l’on ne peut approcher sans risquer de se griffer. Et ça marche parfaitement.

PS : je n’ai jamais réellement compris si le titre « Good Will Hunting » est également le titre international du film ou uniquement un titre de travail ou un titre de distribution pour une partie du monde. Quoi qu’il en soit, le jeu de mot inclus dans ce titre légèrement plus long en font un titre beaucoup plus malin (que l’on peut traduire par « Le bon Will Hunting » ou « A la recherche de bonne volonté« , ce qui résume parfaitement le film !)

Rebel Moon: Part One – A Child of Fire

De Zack Snyder, 2023.

D’aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours défendu Zack Snyder. Depuis l’inénarrable 300 à Justice League (la Synder cut, off course), en passant par Watchmen, Man of Steel ou même Sucker Punch, il y a toujours quelque chose à sauver dans ses films. Si l’utilisation abusive des ralentis, si la coolitude volontaire de certaines scènes et si des personnages totalement over-the-top (Lex Luthor, on pense à toi) ne vous dérange pas, alors Snyder est le fantasme de tous les geeks : il a mis en image ses passions, toutes issues de la culture comics. Du coup, on était tous prêt à lui pardonner beaucoup de chose, même des adaptations spectaculaires mais qui ne rendent pas complètement justice aux œuvres de Frank Miller, d’Alan Moore ou aux multiples itérations de l’homme de Gotham.

Il s’était déjà laisser aller à réaliser un projet plus personnel, avec Sucker Punch, dont il était l’auteur principal du scénario (retravaillé ensuite avec Steve Shibuya). Le film, dont je parlerai peut-être un jour ici tant il m’avait marqué à l’époque, était lui aussi bancal : mais il y avait une certaine grandeur, une certaine aspiration qui se dégageait de l’ensemble. Une volonté de filmer une jeune asiatique dans un mécha rose bonbon qui flingue littéralement des nazis zombies dans des tranchées d’une imaginaire première guerre mondiale. Et de filmer ça le plus sérieusement du monde. Le tout servi par un casting impeccable (même si l’actrice principale en est ressortie traumatisée) et une bande son d’enfer.

Vous comprendrez dès lors mes attentes à l’annonce du premier volet d’un dyptique de science-fiction, produit par Netflix et basé sur un scénario original (chose de plus en plus rare dans le Hollywood actuel, exception faite des plates-formes de distribution). Et l’ampleur de ma déception. On sentait déjà avec Batman vs. Superman et The Justice League que le brave Snyder commençait à s’essouffler un peu, sans doute perdu face à l’ampleur de la tâche (vouloir adapter plusieurs séries de comics en même temps dans deux films syncrétiques relevait en effet de la gageure et perdait le spectateur en commettant le péché originel de toute adaptation : oublier qu’on a une histoire à raconter et des personnages à développer).

Le constat est amer : non seulement Snyder s’essouffle, mais il vraisemblable qu’il n’ait plus grand chose à offrir, si on en juge par ce premier volet de Rebel Moon. Je vous fais le résumé en quelques lignes : une jeune femme travaille la terre dans un petit village paysan de ce qui semble être une lune agricole d’une grande planète aux confins de la galaxie. Elle est effrayée lorsqu’elle voit débarquer au-dessus de son village d’adoption un vaisseau amiral du Monde-Mère (l’Empire, pour faire simple) à la recherche des rebelles qui ont assassiné l’ancien Roi de la galaxie. Ce dernier, apparemment belliqueux, est remplacé par un régent issu des rangs de l’armée et qui semble encore plus agressif. Lorsque les troupes du Monde-Mère débarque sur la charmante lune agricole, la situation s’envenime assez vite et la jeune réfugiée, Kora, se retrouve bien vite à mener… il faut bien le dire, une rébellion (si, si, je vous assure). Elle n’aura alors de cesse de chercher des alliés pour enfin ramener la paix dans la galaxie et la facilité pour son village d’adoption.

Heu… Comment dire… Star Wars, quelqu’un ? Enfin, le Star Wars de chez Wish. Car si j’ai bien un reproche à faire à ce film, c’est son côté cheap. Et c’est avec ça qu’on se rend compte que les plateformes de distribution, à l’instar ici de Netflix, n’ont pas les mêmes moyens que les grands studios américains et ne les auront sans doute jamais. D’où ces films au rabais. Je préfère vous prévenir ; je vais spoiler allègrement le film dans la suite de cet article, car, honnêtement, je vous déconseille de perdre deux heures de votre vie devant Rebel Moon et j’espère que ce texte aidera à vous en convaincre. La scène la plus emblématique de cet aspect fauché est pour moi la scène de résolution finale : alors que les dix gentils se sont fait arrêtés, il y a genre cinq pauvres soldats méchants qui traînent sur la rampe de lancement et qui échangent trois coups de pisto-lasers quand les gentils finissent, forcément, par s’échappé. Et du grand vaisseau amiral des méchants (le Star Destroyer du pauvre, encore une fois), on ne voit qu’une bête tourelle qui attaque les chasseurs des alliés des héros avant d’être la cause, par on ne sait quel truchement, de la destruction du Star Destroyer dans son ensemble. Et ça se finit par un duel sur une petite plateforme volante entre la gentille héroïne et le méchant du film (le second couteau du grand méchant qui sera évidemment là dans le deuxième volet) : un remake de la scène de fin de GoldenEye ou encore de Rogue One, mais avec moins d’intensité, moins d’éclat, moins d’enjeux et moins de brio. Snyder n’a même pas pu se résoudre à tuer le méchant de l’épisode, qui reviendra donc nous emmerder dans le second chapitre.

Et ce patchwork d’influences caractérise en fait tout le film : le groupe des héros récupère Djimon Honsou à côté d’un Colisée galactique tellement inspiré de Gladiator que cela en devient navrant (Djimon Honsou jouant dans Gladiator, pour rappel) ; Staz Nair joue un personnage à mi-chemin entre Conan et John Carter from Mars ; Bae-Doo Na joue un archétype de samouraï asiatique au grand cœur (avec sabre laser, s’il vous plaît !); Charlie Hunnam, laisser en roue libre, devient une caricature de ses rôles dans les Guy Ritchie malgré le fait qu’il essaie d’imiter Hans Solo, etc. etc.

Les quelques fulgurances du film, comme la scène d’intro de Némésis (Bae-Doo Na) où elle lutte contre une femme-araignée directement copiée sur le design de Lolth, la déesse drow des Royaumes-Oubliés, ou encore le retournement de situation quand on se rend compte que le personnage de Hunnam est en fait un méchant, sont bien vite gâchées. Ce qui pourrait passer pour de belles idées cache en fait des facilités d’écriture qui ne développent ni l’intrigue ni les personnages. La mort du personnage de Hunnam, qui intervient quelques secondes après la révélation de son retournement de veste, est parfaitement ridicule, pratiquement digne de la mort de Marion Cotillard dans The Dark Knight Returns

Et je pourrais continuer les exemples à l’infini. L’essentiel est que ce patchwork d’influences, ce pot-pourri d’inspirations geeks oublie tout simplement d’avoir une histoire intéressante ou un quelconque développement de personnages. Les péripéties s’enchaînent sans vraiment de lien entre eux. Les quelques flashbacks sonnent creux. La collection de « héros » ne présente aucun lien entre eux et le spectateur est tout à fait en droit de se demander pourquoi ils se retrouvent embarquer dans la même histoire, au-delà d’un simple ressenti contre le Monde-mère.

C’est nul, voilà tout ce qu’il faut retenir. A la veille d’une année où les films attendus sont le deuxième Dune (la suite d’un remake), le nouveau Ghostbuster (la suite d’un reboot), Godzilla x Kong (la suite d’un reboot), Kingdom of the Planet of the Apes (le début de la deuxième trilogie d’un reboot) ou Mad-Max Furiosa (le prequel d’un reboot), on pouvait espérer quelque chose d’un scénario original, du début d’une nouvelle franchise. Les mauvaises langues diront qu’au moins on en a fini avec les Marvel à répétition, mais il n’en demeure pas moins que cela dit quelque chose sur le cinéma actuel : l’idée est de prendre le moins de risque possible, quoi qu’il arrive. Et même une plateforme qui n’a pas les mêmes impératifs, avec un grand réalisateur geek et un scénario inédit n’y arrivent pas : n’étant ni le remake, ni le reboot, ni la suite, ni le prequel de quelque chose, Rebel Moon réussi l’exploit de proposer encore moins que ces concurrents potentiels. Et la promesse d’un « Snyder-cut » ne peut pas sauver le bouzin : c’est devenu un gimmick commercial. Si un réalisateur n’est plus fichu de présenter la bonne version du premier coup, alors qu’il ne propose simplement pas cette première version. Il a perdu son mojo. L’ampleur présente dans ses échecs précédents, l’intention louable, est ici disparue. Reste un navet, même pas un nanard. Amis de la science-fiction intelligente, passez votre chemin : il n’y a rien à voir.

The Karate Kid

De John G. Avildsen, 1984.

Est-il possible, aujourd’hui, de dire du mal de Karaté Kid (ou, sous son titre exact : Le Moment de vérité) ? Et je ne parle pas du remake navrant avec le fils Jaden Smith, qui ferait mieux… de ne pas tenter d’être acteur. Mais bien de l’original. Celui de Cobra Kaï et de Daniel-san. Nous touchons ici à un thème déjà souvent abordé dans ce blog : comment dépasser l’auréole de sympathie que confère la madeleine de Proust ? Car si l’on regarde très objectivement cette gentille histoire d’un gamin qui déménage et qui se perfectionne en karaté pour éviter de se faire taper dessus par l’ex de sa nouvelle copine, il n’y a quand même pas grand-chose à sauver.

Une réalisation tristounette, des performances d’enfants acteurs qui ont autant de subtilité qu’un éléphant dans un magasin de porcelaine (je n’arrive pas à traduire la très visuelle expression anglaise : « wooden performance« ), des chorégraphies de combat qui sont … simplement non-existantes, des musiques de « montage/entraînement » qui sont oubliées deux secondes après et une amourette maladroite entre the new kid on the block et Elisabeth Shue, qui a l’air d’avoir dix ans de plus que lui, sans qu’aucune alchimie ne se développe à l’écran entre eux. Sans parler d’une production assez médiocre, grevée sans doute par un budget faible qui a limité grandement les choix de décors, qu’ils soient en extérieur ou en studio.

Reste quelques éléments qui sauvent le film du fiasco : Pat Morita, qui nous est sympathique dès sa première minute à l’écran, quelques séquences d’entraînement, une ambiance générale très eighties qui nous rappelle que la vie était plus facile avant. Mais c’est à peu près tout. Pourquoi, cependant, le film est-il plus naze que Blood Sport, L’Histoire sans Fin ou encore Highlander ? En fait, il n’est pas plus naze. Ni meilleur. C’est simplement que je ne l’ai pas vu enfant. Et que si la nostalgie intrinsèque de l’enfance rend n’importe quel film cheezy des années 80 (au hasard, toute la filmo de John Hughes ?) tout à fait acceptable, lorsque cette nostalgie n’est pas présente, alors reste un regard un peu froid d’un adulte cynique et blasé qui se moque.

Je regrette, du coup, de ne pas l’avoir vu au début des années 90 à l’occasion d’une de ses multiples diffusions télé. Avildsen, le réalisateur de Karaté Kid, venait de filmer le premier Rocky (et avait reçu un oscar pour cela, même si on sait entretemps que Stallone lui-même à jouer un rôle important derrière la caméra sans être crédité pour ce faire) : il signait un Rocky pour enfant qui a inspiré une génération entière à trouver le karaté « cool » et, par extension, à aller s’intéresser à tout un cinéma asiatique qui débarquait alors via les VHS à louer de nos vidéo-store. Toute une époque. Et le développement cet attrait pour le cinéma asiatique auprès des jeunes spectateurs a lui seul justifie l’existence du film.

Mes excuses, Daniel-san, pour être insensible à ton charme suranné. Et donc de ne voir aucun intérêt dans tes suites, tes remakes et autres séries dérivées 40 ans plus tard (la vache, ils ont pris un coup de vieux dans Cobra-Kaï !). Reste alors un film naïf et assez peu inspiré en termes de réalisation, porté par des acteurs au mieux amateurs et qui met en avant une idéologie finalement très reaganienne (le vainqueur à toujours raison, l’amitié avant tout, les filles sont des trophées, etc.) Mais je suis bien conscient que pour la plupart de mes confrères générationnels (et peut-être une partie de mes consœurs ?), cela reste avant tout le film où Daniel-san met une pâtée au méchant blond grâce à l’iconique coup de la grue. Finalement, cela ne se suffit-il pas en soi-même ?

John Wick: Chapter 4

De Chad Stahelski, 2023.

Il y a déjà un certain temps, je disais dans ce blog à la fin de ma courte critique sur le troisième opus que : « […] ce troisième chapitre s’approche très souvent de l’excès. A force de vouloir en mettre beaucoup (de combat, de couleurs improbables, de règles bizarres, de décors torturés), on risque d’en mettre trop. L’overdose du genre n’est pas loin. Espérons que le quatrième (et dernier ?) chapitre saura se recentrer sur l’essentiel et éviter le délire stylistique. » Et bien… c’est raté. Le quatrième opus, que j’ai pourtant trouvé mieux maîtrisé que le troisième, en raison de personnages secondaires plus sympathique, tombe dans le superlatif. Toujours plus de baston, toujours plus de délire, toujours plus de style, toujours plus long, toujours plus fort, toujours plus.

A tel point que, pour être honnête, il m’est arrivé quelque fois de regarder ma montre pendant ce quatrième opus. Car, oui, c’est très joli. Oui, niveau action, c’est difficile de faire mieux. Mais j’avais parfois l’impression de me retrouver sur Twitch à regarder quelqu’un faire un run sur le Super Double Dragon de la SNES (petite pointe de nostalgie ; j’aimais finir ce jeu avec un pote à deux manettes quand j’étais gamin. Trop facile, mais très satisfaisant !). Nostalgie passée, disais-je donc, le côté extrêmement long des scènes de (gun-)fight est finalement un peu lassant. Peut-être suis-je, oh comble de l’horreur !, devenu trop vieux pour apprécier cela, mais il y a un côté tragi-comique à voir les méchants hommes de main arriver en continu par grappe de deux ou trois et attendre poliment que le précédent se soit fait dézingué pour à son tour se faire marraver la chetron par un Keanu Reeves toujours aussi efficace.

Le paroxysme de cette logique est même atteint vers la fin du film, dans la scène de l’escalier menant au Sacré-Cœur en plein Paris : après l’avoir grimpé, il doit, très littéralement, recommencer le stage car il s’est pris un pain de trop. Manquait plus que de voir la barre de vie se remplir à nouveau dans le coin haut-gauche de l’écran (ce que Scott Pilgrim vs. the world avait osé, lui, dans son évocation vidéo-ludique). Et je n’ai pu m’empêcher un petit rictus de cynisme en le voyant se relever et recommencer l’ascension avec son pote Donnie Yen (comme le disait le formidable Street Fighter II : « Here comes a new challenger!« ).

Pour l’histoire, pas grand-chose à en dire : John Wick continue sa croisade contre la High Table et essaie de stopper l’escalade de violence qu’il a en fait lui-même provoquer dans les précédents opus. C’est toujours le baba yaga du premier opus (bon, Chad Stahelski s’est un peu planté sur son mythos russe, puisque John Wick n’est pas une femme, mais soit). Il est immortel et bute toujours tous les pignoufs que les méchants lui envoient. Ses potes finissent toujours par mourir. Et à la fin il gagne. Que retient-on donc de ce quatrième épisode ? Les rôles secondaires, sans doute : Bill Skarsgard est impeccable, comme toujours, dans le rôle du salopard classe et stylé. Ian McShane et Laurence Fishburne cabotinent à fond (mais ça marche). Le regretté Lance Reddick reprend son rôle de Charon avec toujours beaucoup d’effet. Au rayon des nouveaux, on a Donnie Yen, qui joue le vieux pote de John Wick (et par ailleurs spécialiste du sabre et aveugle, comme son personnage dans Star Wars ou comme Zatoïchi). Efficace, mais sans plus (Hollywood a du mal à bien utiliser Donnie Yen). Hiroyuki Sanada fait du Hiroyuki Sanada. Clancy Brown joue avec beaucoup de sobriété le nouvel arbitre de la High Table et ça fait toujours plaisir de le voir dans un rôle ou un autre.

J’ai un peu plus de mal avec Shamier Anderson, dont j’ai du mal à saisir l’intérêt comme potentiel allié/ennemi de Wick. Tout comme d’ailleurs Rina Sawayama en tant que fille de Sanada. J’ai vraiment l’impression que Stahelski les a ajoutés au scénar juste pour avoir des pistes à exploiter dans son « cinematic universe » ou son « monde étendu« , concept devenu l’eldorado des boîte de production et qui démontre un certain malaise dans la créativité hollywoodienne. Leurs personnages sont vraiment là pour être exploité dans des spin-offs, en films, série télé ou comics. Du coup, ils n’ont pas vraiment leur place dans ce quatrième opus et ralentissent un développement déjà souvent poussif par des arcs narratifs secondaires qui ne trouvent ni justification ni résolution au sein de ce film.

Bon, je suis assez négatif et ce n’est pas tout à fait juste. Ce quatrième John Wick, comme les trois premiers, se laisse regarder sans problème avec une bonne bière et un paquet de chips. C’est du cinéma d’action bourrin, mais qui continue à en mettre plein la vue. On ne peut que rigoler devant le concept des vestons de costard par balle (avec le bruitage qui va bien), mais en vrai, c’est très marrant à regarder. Je regrette juste que tout ceci se dilue un peu dans un scénar qui met des plombes à avancer. Les scènes d’action sont nerveuses, évidemment, mais le rythme du film est vraiment trop lent : plus de 2h30 pour un scénar qui se résumer à « John Wick à des problèmes, il bute des méchants, un de ses potes est engagé pour le tuer, il est possible de résoudre la situation avec un duel final, on l’organise« , c’est quand même assez long…

Et mon autre problème majeur est [SPOILER ALERT !] que la résolution de ce quatrième opus, qui offrait une fin honorable à la saga avec la mort de Wick et la résolution pour le personnage de Caine/Donnie Yen, est complètement désamorcée par l’annonce à grand fracas médiatique d’un John Wick 5 avec toujours Keanu Reeves dans le rôle-titre. Du coup, la résolution qui se voulait dramatique n’a simplement plus aucun impact émotionnel. Dommage, pour une fois qu’il y avait moyen d’arrêter une saga hollywoodienne avant l’épisode de trop… [/SPOILER]

Pour conclure de manière plus liminaire : John Wick: Chapter 4 est évidemment un bon divertissement et un film d’action spectaculaire. Stahelski continue à enfoncer le clou : il y a moyen de chorégraphier la baston pour la rendre belle, presque artistique. Mais il oublie que le trop est l’ennemi du bien et qu’à nouveau on frise ici l’overdose. Reste à savoir si la franchise pourra quand même se réinventer en explorant des pistes moins spectaculaires mais peut-être plus profonde à travers cette première série télé dont la bande d’annonce est dispo depuis quelques jours (Le Continental, axé sur la jeunesse de Winston). Ils ont déjà eu la bonne idée de caster Mel Gibson dans un univers ultra-violent ; laissons-leur le bénéfice du doute.

Dracula 2000

De Patrick Lussier, 2000.

A l’aulne de mes lectures hivernales, le blog va traverser une petite période vampirique (vampiresque ?) dans les semaines qui viennent. Le silence relatif de ces derniers n’est pas synonyme du fait que je me suis coupé à toutes formes de lecture ou de visionnage, mais bien du fait que je n’ai pas eu (pris ?) le temps de chroniquer ceux-ci. Commençons donc à réparer cela avec un bref billet sur ce chef-d’œuvre ignoré du 7ème art qu’est le Dracula 2000 de Patrick Lussier, sorti dans nos contrées en 2001 sous le titre, ma foi assez logique de « Dracula 2001« . Forcément.

Et si vous lisez entre les lignes une certaine forme d’ironie dans le commentaire du paragraphe précédent relatif à l’indifférence générale dans l’accueil dudit film, vous n’avez évidemment pas tort. Car Dracula 2000 est… comment dire ? Raté ? Le mot est sans doute un peu trop faible pour décrire le naufrage total que représente ce film, pour le mythe du vampire comme pour le cinéma en général. Patrick Lussier, monteur canadien de Wes Craven sur Scream 2, 3 et divers autres opus (en ce compris le Mimic de del Toro, l’un des rares films de sa filmo qu’il désavoue complètement), s’était senti poussé des ailes (de chauve-souris ?) après la sortie d’un premier long signé seul, en l’espèce le troisième opus de The Prophecy (inconnu au bataillon – sorti directement en vidéo). Faiseur aimable, le garçon, malgré l’échec critique et public de son Dracula 2000, s’est entêté et a même signé un 2ème et un 3ème opus à son étron, eux-aussi directement sorti en vidéo, avant de poursuivre avec quelques longs métrages d’horreur, méconnus eux-aussi, sortir dans les années 2000. L’un de ces derniers faits d’arme étant d’avoir co-signé le scénario (une première pour lui) de Terminator Genisys, l’opus qui a définitivement fair perdre tout espoir en la franchise à ses multiples fans. Bref, le garçon a un palmarès en béton : que de la merde. Et de première classe.

Il ne fallait donc pas s’attendre à grand-chose avec cette relecture « cool » du classique de Bram Stoker. 8 ans après l’excellente version de Coppola (portée par un casting de première classe et des idées de mise en scène qui démontre qu’un réalisateur peut effectivement être un artiste), Lussier, Dimension Films et Wes Craven Films se sont dit qu’il était temps de surfer sur le succès de Buffy et de faire rentrer le comte dans le XXIème siècle. D’aller un pas plus loin que Fright Night ou Near Dark (on va y revenir, vous inquiétez pas !), de faire mieux que le Bram Stoker’s Dracula de Coppola ou l’Interview with the Vampire de Jordan et de faire de Dracula un erzatz du premier Blade, sorti 2 ans plus tôt, en conservant cependant les références et l’esprit du roman d’origine.

On retrouve donc Matthew Van Helsing, descendant du célèbre professeur/chasseur de vampire hollandais, en ses bureaux à Londres en cette formidable année du Y2K (Waiting for tonight, ohooohooo, pour ceux qui s’en souviennent… bordel, je suis vieux !). Le descendant, riche antiquaire joué par Christopher Plummer ostensiblement à côté de ses pompes, est bien vite trahi par une assistante vénale qui, avec un bande de potes armés jusqu’aux dents (ce qui n’a aucun sens, pour braquer un antiquaire), va voler un cercueil hermétiquement fermé trouvé dans les caves (littéralement, des caves, même si le décors sonne carton-pâte à 1 million de km, considérant que les murs ressemble à une grotte, mais que le plancher est juste parfaitement lisse) gothiques sous la galerie commerçante londonienne où Van Helsing a ses bureaux. Perdant deux membres au passage, le groupe décide pour des raisons totalement aberrantes, de partir avec le cercueil via un rivière souterraine (mais bien sûr, pourquoi pas ?) et de rejoindre un jet privé (ils sont vachement riches, les voleurs à la petite semaine) les Etats-Unis… Pas de bol pour eux, le bon comte se réveille à l’approche des côtes de la Louisiane (ce qui, quand on y pense et partant de Londres, est une drôle de porte d’entrée, mais soit, la Nouvelle-Orléans, c’est tellement chic !) et tue tout le monde à bord, causant le crash de l’avion quelque part dans les Everglades.

S’en suit alors une chasse à l’homme assez improbable où Van Helsing (que l’on découvre être évidemment le Van Helsing d’origine, survivant toutes ces années grâces à des transfusions de sang de Dracula, raison pour laquelle il le gardait dans sa cave jusqu’à la découverte hypothétique d’une manière de tuer le comte) et son assistant, Simon, vont tuer un à un les vampires grandguignolesques créés par Dracula dans sa fuite, dignes de la première saison de Buffy, en ce compris les trois succubes du roman d’origine. Et quelle est la motivation de Dracula dans tout ceci ? Eh bien il veut retrouver sa « fille » naturelle, qui est en fait la fille d’Abraham Van Helsing (beeeek, Abraham devait avoir genre 200 ans quand il fait sa gamine avec la mère de la fille en question… Eeeek !), dans le sang de laquelle coule le sang du Comte (en raison des transfusions, vous suivez ?), faisant d’elle le premier vampire « naturel » après le Comte lui-même. Mais attention, accrochez-vous à vos baskets, car le film ne s’arrête pas là pour tordre le lore du Dracula d’origine. Ici, il n’est nullement question d’un Prince des Carpathes. Dracula n’est nul autre que Judas Iscariote, ce qui explique son aversion pour les croix et pour l’argent (les trente deniers sont supposément des pièces d’argent). On cherche encore le rapport avec l’ail et le soleil, mais soit.

J’oubliais encore un élément essentiel du récit : la fille de Van Helsing, Mary (jouée par Justine Waddell) travaille dans un Virgin Megastore (la pub est valide, puisque ça n’existe plus entretemps, à ma connaissance – Edit : ah, ben si !). Important car vous verrez le logo de Virgin un très très grande nombre de fois dans le film, que vous le vouliez ou non. Dans le genre, difficile de faire moins subtil, comme placement de produit (de marque, en l’occurrence).

En deux mots, vous l’aurez compris, c’est bien bien naze. Réalisé avec les pieds, cheap au possible et très mal joué par une brochette d’acteurs inconnus au bataillon. J’exagère sur ce dernier point : Dracula est en effet joué par nul autre que Gerard Butler. Jeune et présenté comme un éphèbe, mais ça ne marche quand même pas. Je m’attendais à tout moment à le voir balancer des high-kicks au son de (prendre un accent écossais exagéré ici) « This is Transylvania !!!« . J’ai de la peine, finalement, pour Christopher Plummer, acteur prolifique qui a joué dans nombre de bons films. Il devait avoir réellement des problèmes d’argent pour commettre un nanar pareil. Mais aussi pour Jonny Lee Miller, dont on a voulu ici faire le premier rôle masculin et une sorte de super-héros chasseur de vampire. Le brave homme aurait mieux fait de reste chez Danny Boyle (c’est le Sick Boy de Transpotting) et de ne pas se lancer dans une carrière solo d’action hero…

Concluons par le fait que le film est non seulement raté dans sa forme et dans son exécution, il est également raté dans ses intentions. A aucun moment Dracula n’est effrayant, pas plus que séduisant. Les rares moments d’intensité dramatiques sont désamorcés par une vanne nulle qui tombe à plat mais qui est tellement dans l’esprit des comédies « cool » de la fin de années 90. On est réellement face à une série Z plutôt qu’à une série B. Un bon nanar peut faire rire, celui-ci n’est qu’affligeant. Mesdames et messieurs, écoutez mon conseil : même si comme moi vous êtes curieux par nature, passez votre chemin.